jeudi 3 octobre 2019

A une passante !


La rue assourdissante autour de moi hurlait
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet



Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais crispé comme un extravagant
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan 
La douleur qui fascine et le plaisir qui tue.
























Un éclair…puis la nuit ! – 
Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudain renaître
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?



Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être 
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais
Ô toi que j’eusse aimée,  ô toi qui le savais 

"A une passante" Charles Baudelaire 




samedi 20 juillet 2019

Où sont tous mes amants ...




Comme des sourds-muets parlant dans une gare
Leur langage tragique au cœur noir du vacarme
Les amants séparés font des gestes hagards
Dans le silence blanc de l'hiver et des armes
Et quand au baccara des nuits vient se refaire
Le rêve si ses doigts de feu dans les nuages
Se croisent c'est hélas sur des oiseaux de fer
Ce n'est pas l'alouette O Roméos sauvages
Et ni le rossignol dans le ciel fait enfer


Les arbres les hommes les murs
Beiges comme l'air beige et beiges
Comme le souvenir s'émurent
Dans un monde couvert de neige
Quand arriva Mais l'amour y
Retrouve pourtant ses arpèges
Une lettre triste à mourir
Une lettre triste à mourir

L'hiver est pareil à l'absence
L'hiver a des cristaux chanteurs
Où le vin gelé perd tout sens
Où la romance a des lenteurs
Et la musique qui m'étreint
Sonne sonne sonne les heures
L'aiguille tourne et le temps grince
L'aiguille tourne et le temps grince


Ma femme d'or mon chrysanthème
Pourquoi ta lettre est-elle amère
Pourquoi ta lettre si je t'aime
Comme un naufrage en pleine mer
Fait-elle à la façon des cris
Mal des cris que les vents calmèrent
Du frémissement de leurs rimes
Du frémissement de leurs crimes

Mon amour il ne reste plus
Que les mots notre rouge-à-lèvres
Que les mots gelés où s'englue
Le jour qui sans espoir se lève
Rêve traîne meurt et renaît
Aux douves du château de Gesvres
Où le clairon pour moi sonnait
Où le clairon pour toi sonnait


Je ferai de ces mots notre trésor unique
Les bouquets joyeux qu'on dépose aux pieds des saintes
Et je te les tendrai ma tendre ces jacinthes
Ces lilas suburbains le bleu des véroniques
Et le velours amande aux branchages qu'on vend
Dans les foires de Mai comme les cloches blanches
Avant ah tous les mots fleuris là-devant flanchent
Les fleurs perdent leurs fleurs au souffle de ce vent




Et se ferment les yeux pareils à des pervenches
Pourtant je chanterai pour toi tant que résonne
Le sang rouge en mon cœur qui sans fin t'aimera
Ce refrain peut paraître un tradéridéra
Mais peut-être qu'un jour les mots que murmura
Ce cœur usé ce cœur banal seront l'aura
D'un monde merveilleux où toi seule sauras
Que si le soleil brille et si l'amour frissonne
C'est que sans croire même au printemps dès l'automne
J'aurai dit tradéridéra comme personne

Louis Aragon "les amants séparés "




lundi 4 février 2019

Les femmes z'aiment les hommes à ...








L'amour panique
De la raison
Se communique
Par le frisson

Laissez moi dire

N'accordez rien
Si je soupire
Chantez c'est bien

Si je demeure

Triste à vos pieds
Et si je pleure
C'est bien, riez

Un homme semble

Souvent trompeur
Mais si je tremble
Belle, ayez peur


Victor Hugo " à la belle impérieuse "





samedi 5 janvier 2019

l'Amour me mène !


Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie 
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie
Et en plaisir maint grief tourment j’endure 
Mon bien s’en va, et à jamais il dure 
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène 
Et, quand je pense avoir plus de douleur
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine
Et être au haut de mon désiré heur
Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labé " je vis, je meurs ; je me brûle et me noie "

mardi 29 mai 2018

I wanna be loved by you alone ...



Idole de ma vie
Mon tourment, mon plaisir
Dis-moi si ton envie
S’accorde à mon désir ?
Comme je t’aime en mes beaux jours
Je veux t’aimer toujours.




Donne-moi l’espérance
Je te l’offre en retour.
Apprends-moi la constance
Je t’apprendrai l’amour.
Comme je t’aime en mes beaux jours
Je veux t’aimer toujours.

 


Sois d’un cœur qui t’adore
L’unique souvenir
Je te promets encore
Ce que j’ai d’avenir.
Comme je t’aime en mes beaux jours
Je veux t’aimer toujours.














Vers ton âme attirée
Par le plus doux transport
Sur ta bouche adorée
Laisse-moi dire encor :
Comme je t’aime en mes beaux jours
Je veux t’aimer toujours.





Marceline Desbordes-Valmore " le serment"





dimanche 29 avril 2018

Un sax divague ...

Un sax divague l'amour ressurgit et mes doutes s'égarent
dans la beauté d'une résonance ..
Miss Tic


Le saxophone parle la langue des bas fonds, l'argot blasé et mélancolique
du demi-jour - sale et sexy et suant et dur.
C'est la langue des orphelins, des bâtards et des putains
Eleanor Catton " la répétition "



A quoi bon fréquenter Platon, quand un saxophone
peut aussi bien nous faire entrevoir un autre monde ?
Emil Michel Cioran "syllogismes de l'amertume "



C'est pour ça que j'aime le saxophone :
si vous ne le vivez pas ça ne sortira pas de votre instrument
Charlie Parker 






vendredi 20 avril 2018

La légèreté est nécessaire !

 

La poésie au fond, c'est faire voler la lourdeur du monde sur la légèreté des vers, comme un caillou ricoche sur l'eau.  
Stefano Benni

Je me sens bizarre. Légère et libre comme un ballon gonflé à l'hélium. Je suis disponible. J'exulte. Pour la première fois de mon existence, je peux faire ce qu'il me plaît.
Sophie Kinsella "Samantha, bonne a rien faire"
 



jeudi 5 avril 2018

La merveilleuse vie !

Le fou, l'amoureux et le poète sont farcis d'imagination 
William Shakespeare 

Rencontre secrète et nos mains s'unissant 
Tes lèvres qui m'appellent en désirs dévorants
Douceur de ta paume sur mes seins
J'offrirai à tes mains le confort de mes reins
tes caresses osées sur mon corps en partage 
pour une si belle complicité de notre attrait peu sage
Etats-Dame et Pensées vagabondes 

 
Vivez ! vivez la merveilleuse vie qui est en vous !
N'en laissez rien perdre !
Cherchez de nouvelles sensations, toujours !
Que rien ne vous effraie...
Oscar Wilde " le portrait de Dorian Gray "


Baisse un peu l'abat-jour, veux-tu, nous serons mieux. 
C'est dans l'ombre que les coeurs causent, et l'on voit beaucoup mieux les yeux quand on voit un peu moins les choses
Paul Géraldy " l'abat-jour " (extrait) 

 

samedi 24 mars 2018

De la musique avant toute chose !



De la musique avant toute chose 
Et pour cela préfère l'Impair 
Plus vague et plus soluble dans l'air 
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. 

Il faut aussi que tu n'ailles point 
Choisir tes mots sans quelque méprise : 
Rien de plus cher que la chanson grise 
Où l'Indécis au Précis se joint. 

























C'est des beaux yeux derrière des voiles 
C'est le grand jour tremblant de midi 
C'est par un ciel d'automne attiédi» 
Le bleu fouillis des claires étoiles ! 

Car nous voulons la Nuance encor
Pas la Couleur, rien que la Nuance ! 
Oh ! la Nuance seule fiance 
Le rêve au rêve et la flûte au cor 


Fuis du plus loin la Pointe assassine 
L'Esprit cruel et le Rire impur 
Qui font pleurer les yeux de l'Azur 
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou ! 
Tu feras bien, en train d'énergie 
De rendre un peu la rime assagie : 
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ? 



Ô qui dira les torts de la Rime ! 

Quel enfant sourd ou quel nègre fou 
Nous a forgé ce bijou d'un sou 
Qui sonne creux et faux sous la lime ? 

De la musique encore et toujours ! 
Que ton vers soit la chose envolée 
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée 
Vers d'autres cieux à d'autres amours. 



Que ton vers soit la bonne aventure 
Eparse au vent crispé du matin 
Qui va fleurant la menthe et le thym... 
Et tout le reste est littérature. 



Paul Verlaine " l'art poétique"